Crise agricole : quel(s) modèle(s) pour l'agriculture de demain?", un entretien avec Ornella Boutry, économiste au Clersé
FRESQUES comme FOUILLER - REFLECHIR -EXPLIQUER - SIMPLEMENT - QUESTIONNER - UTILEMENT - ECONOMIE- SOCIETES. FRESQUES : Un outil de sensibilisation par les podcasts qui propose d’apporter un éclairage grâce à la recherche scientifique sur les problématiques économiques et sociales du monde dans lequel nous vivons. Mieux comprendre notre place dans la société, les mécanismes des inégalités, les défis sociaux et économiques et de susciter efficacement des prises de conscience et des questionnements ….. , apporter un éclairage par une transmission de connaissances issues des recherches des chercheurs et enseignant-chercheurs du Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques (CLERSE - ULille/CNRS) et par leur expertise scientifique en sciences économiques et sociales.
Entretien avec Ornella Boutry, économiste au Clersé à l’Université de Lille. Spécialiste des systèmes agricoles dans la transition socio-écologique, elle s’intéresse dans son travail de recherche notamment aux pratiques agricoles, aux systèmes alimentaires et aux circuits courts ainsi qu’aux enjeux de gouvernance et de régulation des systèmes agricoles.
Dans ce nouvel épisode du podcast FRESQUES du Clersé, Ornella Boutry avec son regard d’économiste, partage ses résultats de recherches pour discuter de la crise agricole actuelle. A partir d’entretiens réalisés notamment auprès d’agriculteurs des Hauts-de-France, sur les représentations du métier d’agriculteur et des transformations actuelles de l’agriculture, l’économiste apporte un éclairage sur l’évolution du système agricole : sera-t-il plus vertueux ou ne le sera-t-il pas ?
Pour mieux comprendre la crise agricole actuelle, Ornella Boutry revient tout d’abord sur l’histoire du modèle agricole français et sur les transformations du métier d’agriculteur.
Elle explique également qu’il faut faire attention aux catégorisations. Ses enquêtes révèlent une grande variété de trajectoires agricoles, et de représentations des agriculteurs sur leur métier et leur rapport à la nature. Il existe une pluralité de référentiels pour définir ce qu’est un bon agriculteur aujourd’hui. Certains mettent davantage l’accent sur la maîtrise technique, la performance et l’efficacité économique, tandis que d’autres accordent davantage de place à la préservation de l’environnement, à la tradition ou à la qualité des relations avec le territoire. Ces différents référentiels ne s’opposent pas nécessairement : ils peuvent coexister, se combiner ou entrer en tension selon les situations et les trajectoires des agriculteurs.
Comme elle l’explique, changer une pratique agricole ne relève pas seulement de la technique, c’est aussi une question de prise de risque, de débouchés économiques et de poids des acteurs de l’amont et de l’aval de la production agricole. Ces différentes contraintes peuvent contribuer à éloigner les choix de production de la fonction nourricière de l’agriculture tout en générant des effets sociaux et environnementaux négatifs.
Par ailleurs, les politiques agricoles poursuivent aujourd’hui des objectifs multiples, qui ne sont pas toujours cohérents entre eux. C’est notamment le cas de la PAC, à travers les objectifs de compétitivité d’une part et d’ambitions environnementales d’autre part. Des tensions peuvent également apparaître entre les politiques définies aux différentes échelles territoriales. Les agriculteurs doivent ainsi composer avec des orientations qui peuvent parfois se contredire ou se superposer sans véritable articulation. A propos de la loi d’urgence agricole 2026, Ornella Boutry regrette que cette dernière mette principalement l’accent sur la simplification des normes, sans interroger le modèle agricole en lui-même et l’origine des difficultés.
Ces enjeux soulèvent alors plusieurs questions : Notre système agricole peut-il se démondialiser ? Comment réorganiser les marchés pour renforcer la souveraineté alimentaire ? Ne convient-il pas alors de se poser la question suivante : pourquoi et pour qui nos agriculteurs produisent-ils ?
Ornella Boutry nous fait comprendre, à travers ses travaux en économie, que la transition écologique en agriculture ne peut pas reposer uniquement sur les agriculteurs. Elle suppose de prendre en compte l’ensemble des acteurs et des composantes du système agricole et alimentaire : les politiques publiques, les filières, les marchés et les consommateurs. L’enjeu est donc de comprendre comment ces différents éléments peuvent évoluer de manière cohérente pour accompagner la transformation du modèle agricole.
On saisit dans cet épisode de FRESQUES que dans cet écosystème complexe, la recherche en sciences économiques et sociales joue un rôle. Elle permet un éclairage sur les politiques publiques, tout en détectant et analysant les freins et aussi les conditions favorables à des systèmes agricoles plus durables.
