L’océan Pacifique, nouveau centre de gravité de la recherche fondamentale en biologie marine
Face aux urgences environnementales et aux mystères de l'évolution du vivant, le CNRS déploie une stratégie renforcée dans le Pacifique. En ciblant dans un premier temps sa façade Ouest, CNRS Biologie réaffirme la place centrale de la recherche internationale pour décrypter la biodiversité marine et anticiper les mutations globales. À travers l'appel international dédié à la biologie marine, l'Unité de glycobiologie structurale et fonctionnelle (UGSF - CNRS/ULille/Inserm) s'implique avec une équipe japonaise pour mieux comprendre la symbiose entre poissons-clowns anémones.
C’est dans l’Océan Pacifique, le plus vaste du globe, que se rejoue une partie essentielle de l’histoire du vivant. Réservoir ultime de biodiversité, l’océan héberge plus d’un tiers des embranchements biologiques (phyla) connus à ce jour, dont la grande majorité ne se trouve nulle part ailleurs sur Terre. De la dynamique des récifs coralliens aux mécanismes adaptatifs des espèces abyssales, le milieu marin demeure une réserve inépuisée d'innovations biologiques et d'adaptations écologiques majeures.
Pourtant, une part gigantesque de cette diversité taxonomique et biologique reste encore invisible à la science. Pour lever le voile sur ces mécanismes fondateurs, CNRS Biologie et CNRS Écologie & Environnement ont fait le choix d’une accélération stratégique ciblée : positionner la recherche française au cœur des dynamiques scientifiques du Pacifique Ouest.
© Justin Marshall
Décrypter la diversité des mécanismes vivants en milieu marin ne relève pas seulement du savoir fondamental : c'est un préalable indispensable pour identifier de nouvelles voies métaboliques, des enzymes d'intérêt industriel, médical ou environnemental, et bâtir des stratégies solides de préservation de la biodiversité.
André Le Bivic, Directeur de CNRS Biologie
Une diplomatie scientifique ancrée dans le réseau Pacifique
Si l'implantation française s'appuie historiquement sur ses territoires et ses infrastructures scientifiques de la façade Est de l'océan (notamment en Polynésie française ou en Nouvelle-Calédonie), cette nouvelle initiative renforce un arc d'alliances scientifiques de premier plan sur sa rive asiatique et océanienne.
À travers l'appel international dédié à la biologie marine, CNRS Biologie s'associe aux laboratoires d'excellence de cinq partenaires majeurs de la région :
- Le Japon
- La Corée du Sud
- Taïwan
- Singapour
- L'Australie
Cette coopération stratégique repose sur un principe d'action scientifique exigeant : croiser l'originalité des questions scientifiques portées par les équipes avec la pertinence des modèles biologiques étudiés sur le terrain. Qu'il s'agisse de comprendre la dynamique des interactions trophiques, les signatures de la spéciation en milieu marin ou l'adaptation aux variations environnementales globales, ces projets privilégient l'effet de levier offert par l'expertise conjointe des équipes.
En apportant un soutien financier de deux ans aux laboratoires porteurs, l'objectif du CNRS est clair : impulser des collaborations émergentes, créer un réseau scientifique interdisciplinaire réactif et structurer durablement les partenariats scientifiques internationaux de demain.
SymbioGlyco - Implication des sucres dans la symbiose entre les poissons-clowns et leur hôte
La symbiose mutualiste entre les poissons-clowns et les anémones de mer repose sur une énigme biologique : comment ces poissons parviennent-ils à vivre au milieu de tentacules urticants sans déclencher la décharge des nématocytes, les cellules venimeuses de leur hôte ? Une hypothèse suggère que la composition de la couche de mucus de surface du poisson joue un rôle protecteur ou neutralisant, notamment via la modulation des motifs glucidiques (glycannes) et des acides sialiques.
Le projet franco-japonais SymbioGlyco combine les compétences en glycobiologie structurale et analytique avec les approches en écologie et biologie du développement marin. En comparant la diversité chimique des glycannes et l'expression des gènes du métabolisme des sucres chez différentes espèces de poissons-clowns et d'anémones, l'équipe cherche à décrypter les mécanismes moléculaires et co-évolutifs qui régissent cette relation symbiotique unique.
Ce projet est désormais intégré aux thématiques de deux laboratoires internationaux de recherche (IRL) récemment créés par CNRS Biologie : GlycoMIRAI (IRL 2045) et EARLY (IRL 2028), témoignant de son importance stratégique et de son potentiel de développement.
Par ailleurs, ce projet exploratoire financé par CNRS Biologie a permis de poser les bases du projet SUGARS, qui vient d'obtenir un financement de l'Agence nationale de la recherche (ANR) dans le cadre d'une collaboration franco-japonaise.
Laboratoires impliqués
- Unité de glycobiologie structurale et fonctionnelle - UGSF (CNRS/Université de Lille)
- Marine Eco-Evo-Devo Unit (OIST)