Juliete RossieInformaticienne
Ambassadrice "La science taille XX Elles" édition Hauts-de-France 2026
« Une IA pour que chaque voix compte »
Au Centre de recherche en informatique de Lens (CRIL, UMR CNRS-Université d’Artois), Juliete Rossie consacre sa thèse à une intelligence artificielle pas comme les autres : une IA conçue pour structurer les arguments au sein d’un débat public et soutenir des prises de décision collectives. Marquée par son histoire personnelle, la doctorante veut utiliser la technologie pour favoriser la démocratie participative.
Née en Syrie, Juliete Rossie voit son adolescence marquée par la guerre et l'impossibilité du dialogue. Après être arrivée en France, elle obtient son baccalauréat, puis une licence en informatique, ce qui l’amène à intégrer un master spécialisé en intelligence artificielle à l’École Polytechnique. L’étudiante explore des domaines variés, de la microélectronique à l’interaction cerveau-machine, en passant par la finance et la cybersanté. Alors que l’IA commence à profondément transformer la société, la jeune femme souhaite participer à cette mutation en promouvant des usages responsables et éthiques. Lors d’un stage à l’École polytechnique fédérale de Zurich, elle travaille sur les interfaces cerveau-ordinateur et le traitement du signal. Une expérience déterminante, qui la décide à poursuivre en thèse au CNRS (CRIL)
Un sujet sur le rôle du vote dans la démocratie en ligne retient son attention pour sa dimension politique, dans laquelle elle trouve le moyen d'agir concrètement sur le monde. L’idée, ici, est d’utiliser l’IA pour structurer un débat, afin de favoriser un vote plus éclairé. La doctorante développe donc des modèles mathématiques capables d’analyser la structure logique des arguments et la cohérence des votes, pour extraire une décision collective à partir des votes exprimés. Contrairement aux réseaux sociaux qui favorisent la popularité, Juliete développe des algorithmes novateurs pour traquer la vérité au sein d’un débat.
La chercheuse veille à la transparence des algorithmes : contrairement aux méthodes utilisées dans les IA génératives, chaque étape de calcul de cette « argumentation théorique » est traçable, ce qui permet de vérifier les raisonnements produits. Elle espère ainsi susciter des débats plus clairs et inclusifs, sur des plateformes en ligne ou via des outils municipaux destinés à recueillir l’avis des citoyens sur des projets locaux. Un futur développement envisagera d’intégrer la détection des fausses informations ou la combinaison d’IA générative avec l’argumentation formelle. Pour Juliete Rossie, l’IA peut, et même doit soutenir la démocratie.