"Communs locaux : des solutions discrètes face à une crise globale, écologique et sociale ? ", un entretien avec Bruno Boidin, économiste au Clersé
FRESQUES comme FOUILLER - REFLECHIR -EXPLIQUER - SIMPLEMENT - QUESTIONNER - UTILEMENT - ECONOMIE- SOCIETES. FRESQUES : Un outil de sensibilisation par les podcasts qui propose d’apporter un éclairage grâce à la recherche scientifique sur les problématiques économiques et sociales du monde dans lequel nous vivons. Mieux comprendre notre place dans la société, les mécanismes des inégalités, les défis sociaux et économiques et de susciter efficacement des prises de conscience et des questionnements ….. , apporter un éclairage par une transmission de connaissances issues des recherches des chercheurs et enseignant-chercheurs du Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques (CLERSE - ULille/CNRS) et par leur expertise scientifique en sciences économiques et sociales.
Entretien avec Bruno Boidin, économiste au Clersé UMR8019 à l’Université de Lille, spécialiste en économie de la santé aux Suds, en économie du développement et du développement durable. Il s’intéresse en particulier dans ses recherches récentes au concept « One Health » (voir l’épisode 12 du Podcast FRESQUES du Clersé sur ce sujet) et également au concept de « Commun ».
Dans ce présent épisode du podcast FRESQUES du Clersé, il nous éclaire sur ce que sont les communs locaux avec une comparaison Nord/Sud et comment ils pourraient à travers quelques exemples contribuer à redessiner une économie plus favorable aux humains et à la planète.
Après avoir défini ce qu’est un commun et un commun local à partir des travaux de l’économiste Elinor Ostrom, Bruno Boidin, à travers des exemples, revient sur la notion de commun à travers l’histoire. Les communs locaux sont des ressources partagées et ouvertes dont les modalités de gestion permettent un accès équitable et la préservation de ressources. Regroupant plusieurs acteurs et construits en proximité et dans l’échange, ils s’appuient sur des règles de gestion propres et reposent sur des faisceaux de droit qui définissent la propriété commune et les différents droits des acteurs concernés.
Bruno Boidin explique que les communs sont potentiellement partout et prennent diverses formes (ressources naturelles, connaissances, technologies ouvertes…). Il soulève qu’il existe déjà beaucoup, à travers le monde, de modèles à l’échelle locale (ex. : monnaies locales, agro-écologie, tontines) qui promeuvent un nouveau modèle économique par le partage de ressources. Il précise que les acteurs d’accompagnement ont un rôle majeur à jouer, car ils sont l’interface qui permet de mettre en place et de piloter la mise en oeuvre d’une concertation entre tous les acteurs qui s’impliquent alors pour construire un commun local.
Cette démarche de « territoire apprenant » participe à une transformation des manières d’apprendre qui est centrale, où les acteurs sont tous des apprenants les uns des autres et cela permet de créer des dynamiques territoriales (exemples : la Chaire Socio-économie des Communs (SEC) portée au Clersé par Nicolas Postel à l’Université de Lille, la Chaire Economie de la qualité et ses mesures (EQAM) portée par Florence Jany-Catrice à l’Université de Rouen). Bruno Boidin souligne la place importante de l’économie sociale et solidaire, des acteurs du social, et de l’écologie. Il revient aussi sur la notion d’indicateurs alternatifs au PIB (Produit intérieur brut) pour mesurer l’impact des communs locaux car le PIB est une mesure trop réductrice pour capter le bien-être généré par les communs. Les indicateurs alternatifs, par construction, sont souvent issus d’une approche participative de tous les acteurs, et offrent un bilan environnemental, social et économique.
Il aborde aussi l’apport de comparaisons croisées Nord et Sud, chacun pouvant apprendre de l’autre, avec de nouvelles logiques d’analyse et d’action. Il cite par exemple l’expérience du « buen vivir » (le bien vivre) en Amérique latine qui privilégie un bien-être collectif incluant la nature et la culture locales, une alternative au développement individualiste et capitaliste. Il revient aussi sur le rapport au temps dans les pays du Sud et sa convergence avec une approche par les communs.
A travers son regard de chercheur en économie, Bruno Boidin nous fait comprendre qu’il est essentiel de mieux diffuser les expériences locales, de renforcer les communautés de connaissance, de faire connaître les expériences réussies de communs locaux auprès des décideurs, de construire des indicateurs alternatifs au PIB, de privilégier les échanges locaux entre territoires proches, car ils sont autant de vecteurs qui de proche en proche feront du local un mouvement global. Dans ces nouvelles modalités de coopération entre acteurs au profit de la transition écologique et du bien-être, il y a donc un enjeu important à faire savoir, à rendre plus visibles, à valoriser toutes ces initiatives où la recherche scientifique a toute sa place aux côtés des usagers, des associations, des entreprises, des collectivités, et des décideurs dans une logique de recherche action participative et de territoires apprenants.
Cliquer ici pour accéder au podcast
